Quelle est l'authenticité de ce hadith rapporté par Ibn Ishâq selon lequel le Prophète (prière et salut sur lui) avait espéré l'islam d'Abû Tâlib, car il avait vu chez lui (avant sa mort) des signes (d'acceptation) ; il lui dit alors : « Ô mon oncle, dis-la » – c'est-à -dire la parole d'unicité (Lâ ilâha illa Llâh) – « afin que je puisse plaider en ta faveur par l'intercession au Jour de la Résurrection. » Abû Tâlib répondit : « Ô fils de mon frère, par Allah, sans la crainte que les Quraychites ne te couvrent d'opprobre, ainsi que les fils de ton père après moi, et qu'ils ne pensent que je l'ai dite par peur de la mort, je la dirais. Mais je ne la dis que pour te faire plaisir. »
Lorsque la mort d'Abû Tâlib fut proche, Al-'Abbâs le regarda et vit ses lèvres bouger ; il tendit l'oreille vers lui, puis dit : « Ô fils de mon frère, mon frère a bien prononcé la parole que tu lui as ordonné de dire. » Alors le Messager d'Allah (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) dit : « Je ne l'ai pas entendue. »
Abû Tâlib a-t-il vraiment embrassé l'islam avant sa mort ?
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
La position correcte est qu'Abû Tâlib est mort mécréant. Ce hadith comporte une faiblesse dans sa chaîne de transmission, et il est en outre contredit par ce qui est bien plus authentique que lui.
Ibn Kathîr, dans son Histoire, a rapporté ce hadith ainsi que l'argument des partisans de l'islam d'Abû Tâlib, puis il y a répondu en résumé :
« Certains parmi les chiites et d'autres extrémistes ont utilisé comme preuve pour affirmer qu'Abû Tâlib est mort musulman la parole d'Al-'Abbâs dans ce hadith : "Ô fils de mon frère, il a bien prononcé la parole que tu lui as ordonnée" – c'est-à-dire Lâ ilâha illa Llâh.
La réponse à cela se fait par plusieurs aspects :
1. Dans la chaîne de transmission, il y a un transmetteur non identifié dont on ne connaît pas la situation, par la mention "d'après quelqu'un de sa famille". C'est une anonymisation concernant le nom et la situation, et un tel récit, s'il est isolé, ne doit être accepté.
2. L'imam Ahmad, An-Nasâ'î et Ibn Jarîr ont rapporté un récit similaire via Abû Usâma, d'après Al-A'mash, d'après 'Abbâd, d'après Sa'îd ibn Jubayr, d'après Ibn 'Abbâs, mais ils n'ont pas mentionné la parole d'Al-'Abbâs.
3. Ensuite, ce récit (d'Ibn Ishâq) est contredit par ce qui est plus authentique que lui, à savoir ce qu'a rapporté Al-Boukhârî – qu'Allah lui fasse miséricorde – d'après Ibn Al-Musayyab, d'après son père – qu'Allah soit satisfait de lui – : « Lorsque la mort d'Abû Tâlib fut proche, le Prophète (
) entra chez lui, et Abû Jahl s'y trouvait. Il dit : "Ô mon oncle, dis Lâ ilâha illa Llâh, une parole par laquelle je plaiderai pour toi auprès d'Allah." Alors Abû Jahl et 'Abd Allâh ibn Abî Umayya dirent : "Ô Abû Tâlib, renoncerais-tu à la religion de 'Abd Al-Muttalib ?" Ils ne cessèrent de lui parler jusqu'à ce qu'il leur tienne ce dernier propos : "Sur la religion de 'Abd Al-Muttalib." Alors le Prophète (
) dit : "Je demanderai pardon pour toi tant que je n'en serai pas empêché." » Puis fut révélé : « Il n'appartient pas au Prophète et à ceux qui ont cru de demander pardon pour les associateurs, fussent-ils des proches, après qu'il leur est apparu clairement qu'ils sont les gens de la Fournaise » (Coran 9/113) ; et fut révélé : « Tu ne guides pas celui que tu aimes, mais c'est Allah qui guide qui Il veut, et Il connaît mieux ceux qui sont bien guidés » (Coran 28/56).
C'est ainsi qu'ont dit 'Abd Allâh ibn 'Abbâs, Ibn 'Umar, Mujâhid, Ash-Sha'bî et Qatâda : ce verset est descendu au sujet d'Abû Tâlib, lorsque le Messager d'Allah (
) lui a proposé de dire Lâ ilâha illa Llâh ; il a refusé et a dit : "Il est sur la religion des anciens (les chefs)." Et sa dernière parole fut : "Il est sur la religion de 'Abd Al-Muttalib." »
Tout ceci est confirmé par ce qu'a rapporté Al-Boukhârî d'après Al-'Abbâs ibn 'Abd Al-Muttalib, qui a dit : « J'ai dit au Prophète (
) : "Qu'as-tu apporté à ton oncle ? Car il te protégeait et s'emportait pour toi." Il répondit : "Il est dans une faible profondeur de feu, et sans moi, il serait dans le plus bas degré de l'Enfer." » As-Suhaylî a dit : « La raison pour laquelle le Prophète (
) n'a pas accepté le témoignage d'Al-'Abbâs en faveur de son frère – qu'il a dit la parole – et a dit "Je ne l'ai pas entendue", c'est qu'Al-'Abbâs était à ce moment-là encore mécréant, et son témoignage n'était pas recevable. » Je dis (Ibn Kathîr) : « Selon moi, ce récit n'est pas authentique à cause de la faiblesse de sa chaîne de transmission, comme déjà mentionné. Cela est d'ailleurs indiqué par le fait qu'il a interrogé le Prophète (
) plus tard au sujet d'Abû Tâlib, et celui-ci lui a rapporté ce qui précède. Et même si on le suppose authentique, il se pourrait qu'il ait prononcé cela lors de la vision de l'ange après l'agonie, à un moment où la foi ne profite plus à une âme. Et Allah sait mieux. »
Abû Dâwûd At-Tayâlisî a dit : « Shu'ba nous a rapporté, d'après Abû Ishâq, j'ai entendu Nâjiya ibn Ka'b dire : j'ai entendu 'Alî dire : "Lorsque mon père est décédé, je suis venu voir le Messager d'Allah (
) et j'ai dit : 'Ton oncle est décédé.' Il dit : 'Va l'enterrer.' Je dis : 'Il est mort associateur.' Il dit : 'Va l'enterrer et ne fais rien de nouveau avant de venir me voir.' Je le fis, puis je vins le voir et il m'ordonna de faire une ablution majeure (ghusl)." » Fin de la citation abrégée d'Ibn Kathîr, qui suffit à clarifier l'objet.
Al-Âlûsî, l'exégète, a tenu des propos excellents après avoir relaté cette histoire ; nous les rapportons textuellement : « Les chiites qui soutiennent qu'il est mort croyant se sont appuyés sur ce récit et sur des vers (poèmes) similaires de lui, contenant la reconnaissance de la vérité de ce qu'a apporté le Prophète (
), ainsi que son grand attachement et son soutien envers lui. Ils disent : "C'est ce qui est rapporté des gens de la Maison (Ahl al-Bayt), et ils en savent plus." Or tu sais bien la force de la preuve de la majorité (des savants) ; il faut donc se fier à ce qui est rapporté d'Al-'Abbâs plutôt qu'à des choses qui feraient rire une femme en deuil. Quant aux vers (poèmes), leurs chaînes sont interrompues et ils ne contiennent pas la prononciation des deux attestations de foi, qui est le pivot de la foi. L'attachement et le soutien, personne ne les nie, mais ils sont en dehors de notre sujet. Les récits des chiites sur les gens de la Maison sont plus fragiles que la toile d'araignée, et c'est bien la plus fragile des demeures. »
« Certes, il ne convient pas au croyant de s'acharner contre lui comme on le ferait contre les autres mécréants de Quraych comme Abû Jahl et ses semblables, car il a une supériorité sur eux par les belles actions qu'il accomplissait envers le Messager d'Allah (
). Il est rapporté que cela lui profitera dans l'au-delà. Alors cela ne lui profiterait-il pas dans l'ici-bas en s'abstenant de l'attaquer et en ne le traitant pas comme les autres mécréants ? D'après Abû Sa'îd Al-Khudrî, il a entendu le Messager d'Allah (
) – alors qu'on mentionnait son oncle – dire : "Il se peut que mon intercession lui profite au Jour de la Résurrection, et il sera placé dans une faible profondeur de feu." Et dans une autre version, on a dit au Messager d'Allah (
) : "Ton oncle Abû Tâlib te protégeait et te soutenait ; cela lui profitera-t-il ?" Il répondit : "Oui, je l'ai trouvé dans les flots du feu et je l'ai fait sortir vers une faible profondeur de feu." Le fait de l'insulter est très blâmable, surtout si cela implique de blesser certains des 'Alawides, car il est rapporté : "Ne blessez pas les vivants en insultant les morts, et de la perfection de l'islam d'une personne est qu'elle délaisse ce qui ne la concerne pas." » Fin de citation.
Et Allah sait mieux.
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