Il y a dans la Sunna prophétique deux hadiths qu’un certain nombre de gens considèrent comme contradictoires. Le premier parle d’un serviteur qui a commis un péché, et Allah dit à son sujet : « Mon serviteur a su qu’il a un Seigneur qui pardonne le péché… J’ai pardonné à Mon serviteur. »
L’autre parle de gens dont les bonnes actions sont semblables aux montagnes blanches du Tihâmah, puis Allah les réduit en poussière dispersée – parce que « lorsqu’ils sont seuls avec les interdits d’Allah, ils les transgressent ».
Comment concilier ces deux hadiths ? Et quelle est la différence fondamentale dans la situation du serviteur entre ces deux cas ?
Texte des hadiths pour référence :
Premier hadith (al-Boukhari et Mouslim) – d’après Abû Hurayra – que le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) rapporte de son Seigneur :
« Un serviteur a commis un péché, puis a dit : “Seigneur, pardonne-moi mon péché.” Le Très-Haut a dit : “Mon serviteur a commis un péché, et il a su qu’il a un Seigneur qui pardonne le péché et qui punit le péché…” » – (à la fin du hadith) : « J’ai pardonné à Mon serviteur. »
Second hadith (Ibn Mâjah) – d’après Thawbân – que le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) a dit :
« Je connais certes des gens de ma Communauté qui viendront le Jour de la Résurrection avec des bonnes actions semblables aux montagnes blanches du Tihâmah, et Allah – Exalté soit-Il – les réduira en poussière dispersée… » Les compagnons dirent : « Ô Messager d’Allah, décris-les-nous. » Il dit : « Ce sont vos frères, de votre même peau, ils prennent sur la nuit (ils prient la nuit) comme vous le faites. Mais ce sont des gens qui, lorsqu’ils se trouvent seuls avec les interdits d’Allah, les transgressent. »
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Ces deux hadiths ne sont absolument pas contradictoires. En effet, le premier hadith décrit l’état du croyant qui persévère dans le repentir chaque fois qu’il commet un péché, même si cela se répète.
Selon le hadith : « Tous les fils d’Adam sont fautifs, et les meilleurs de ceux qui sont fautifs sont ceux qui se repentent abondamment. » (Hasan selon al-Albânî).
Le croyant, lorsqu’il pèche, éprouve du regret, ressent de la honte devant son Seigneur, craint Son châtiment, puis demande pardon à Allah. Allah lui pardonne. Ainsi, chaque fois qu’il tombe dans un péché, revient sur ses pas et se repent, Allah accepte son repentir. C’est pourquoi al-Suyûṭî a dit, dans Qût al-Mughtadhî en commentant le premier hadith : « Il n’y a là aucune autorisation ni permission de la part d’Allah – Exalté soit-Il – de commettre les interdits et les crimes. Ce hadith indique seulement qu’Il lui pardonne tant qu’il en est ainsi : lorsqu’il pèche, il se repent. » Fin de citation.
Il se peut que l’interrogeant pense, à partir de ce hadith, que le pardon lui est accordé parce qu’il cache son péché (en secret). Or il n’en est pas ainsi. Il est vrai que le fait d’oser commettre le péché ouvertement (mujâhara) implique une violation du voile protecteur qu’Allah étend sur Son serviteur, tandis que le fait de garder le péché secret préserve de la punition et de la honte publique. De plus, la pratique ouverte du péché indique une audace, une ostentation et une vanité dans la désobéissance. Cependant, le seul fait de cacher son péché ne suffit pas à être à l’abri du châtiment ; il est indispensable d’accompagner cela du repentir (tawba). À défaut, son sort relève de la volonté d’Allah.
Par conséquent, le premier hadith couvre le péché commis en secret comme en public. La louange adressée à son auteur porte sur son retour (à Allah), sa contrition, son repentir et sa persévérance dans celui-ci, ainsi que sa crainte et sa pudeur envers son Seigneur – comme il a été dit plus haut dans les propos d’al-Suyûtî.
Quant au second hadith, il concerne ceux dont la pratique consiste à exhiber l’apparence des vertueux en public tout en transgressant les interdits dans les moments de solitude. Ceux-là n’éprouvent aucune honte devant Allah, ne magnifient pas Ses limites, mais ne surveillent que l’opinion des gens et ne tiennent compte que des créatures.
Al-Haytamî a dit dans al-Zawâjir ‘an iqtirâf al-kabâ’ir : « La soixantième grande faute après la trois-cent-cinquantième : exhiber l’apparence des vertueux en public et transgresser les interdits – fussent-ils des péchés mineurs – en secret. » Puis il a cité le hadith de Thawbân… « Car celui dont l’habitude est de montrer le bien et de cacher le mal cause un grand tort et une grande tentation pour les musulmans, en raison de la dissolution du lien de la piété et de la crainte (d’Allah) qui tombe de son cou. » Fin de citation.
Et Allah sait mieux.
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